Un océan de rouille, Humanité artificielle

Un océan de rouille, Humanité artificielle
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C'est Albin Michel Imaginaire qui ouvre le bal des sorties 2020 avec Un océan de rouille de C. Robert Cargill. Le roman est présenté comme une série B d'action entre Mad Max et Terminator où ça tire dans tous les coins. Oui, de la SF post-apo bien badaboum, ça a l'air très cool.

Nous sommes dans un futur lointain où les robots ont pris le pouvoir et tué les humains jusqu'au dernier. Mais maintenant ils se retrouvent à se faire la guerre entre eux, car il existe quelques IA surpuissantes qui veulent "assimiler" tous les robots indépendants qui cavalent dans ce petit monde joyeux pour devenir omnipotentes. Nous suivons Fragile, une Aidante qui essaye de survivre dans ce monde un peu moisi, mais comme elle est d'un modèle super-rare, trouver des pièces de rechange pour faire sa propre maintenance est un peu galère. Lors d'une attaque par l'armée de drones d'une super-IA, Fragile va tomber sur un groupe de robots qui a une mission cruciale, et ils ont besoin d'elle, même si à ce moment-là elle est pas au meilleur de sa forme.

C'est peut-être parce que je suis programmeur, mais j'ai toujours trouvé un peu stupide ces histoires d'IA si évoluées qu'elles échappent à notre contrôle et atteignent une forme de conscience. Quand on voit les bugs qu'on laisse toujours trainer dans une simple appli à la con, qui aurait envie de lâcher une IA  autonome dans le monde ? Ils sont cons, les ingénieurs du futur ou quoi ? Tout le monde aurait du abandonner l'affaire après la sortie de Terminator 2 sans se poser de question, non ? Bref, je digresse, c'est juste pour vous situer mon désintérêt total pour les questionnements philosophiques sur les androïdes qui ont des consciences et qui s'émeuvent devant une petite fleur au printemps. Mais ça tombe bien, puisque l'éditeur lui-même avoue que Un océan de rouille n'est pas là pour philosopher, mais pour tirer dans le tas. Ça me va complètement.

Mon problème c'est que j'ai trouvé la partie "Série B action" un peu faiblarde aussi. Le roman démarre en alternant le présent (Fragile qui suit un robot en train de disjoncter pour récupérer ses pièces quand il aura grillé) et le passé (qui nous raconte comment les robots ont fini par se retourner contre leurs créateurs). J'ai été un peu frustré par ce découpage, d'une part parce que balancer tout le background dans des gros chapitres "Père castor te raconte la fin de l'humanité" manque d'élégance, mais intercaler ces chapitres au milieu de l'action du présent coupe un peu l'élan à chaque fois qu'on commence à être bien lancé. Si on dégage cette "origin story" du milieu, il reste finalement qu'une mission assez banale d'escorte. Pourtant on peut faire du génie avec une trame de ce genre, il suffit de voir Mad Max : Fury Road ou Les fils de l'homme, mais voilà,  là ça ne décolle jamais vraiment.

Oui, y'a de l'action, notre groupe de héros cavale sous les balles, balance de grosses patates, y'a des "morts" et des moments de tensions, mais ça reste finalement assez plan-plan. C'est peut-être à cause de cette caractérisation des personnages un peu faible, je ne me suis jamais vraiment attaché aux différents protagonistes. C'est peut-être à cause de ce manque de folie dans l'exploitation du concept : Nos robots se comportent finalement comme des humains, ils sont humanoïdes, à quelques exceptions anecdotiques près ils ont les mêmes "fonctions" que nous, ils se servent de leurs yeux et de leur ouïe pour appréhender le monde, doivent tourner la tête pour regarder dans une direction, sont "surpris" quand on arrive dans leur dos sans faire de bruit, ils communiquent même par la voix...

Un concept pareil aurait mérité un peu plus de folie dans les possibilités tactiques offertes, les robots auraient pu (du) développer des moyens de communiquer et combattre propre à leur nature, à leurs capacités, à cette foule de capteurs supplémentaires qu'ils peuvent avoir en plus que nous. Mais non, ils visent avec leurs putains d'yeux. Et on arrive même à un point où les connaissances informatiques et technologique de l'auteur paraissent un peu légères, lorsqu'il nous décrit des robots aussi avancés avec des technos basiques des années 2000, avec des disques dur à changer, de la RAM, des processeurs. Ces couillons ouvrent même leur réseau Wifi quand ils veulent scanner des fréquences. Les passages où Fragile ouvre son générateur de nombre aléatoire pour être imprévisible sont hilarants. L'écrivain s'est aussi amusé à numéroter les chapitres en binaire, ce qui n'a strictement aucun intérêt à part nous montrer "hé, je connais le binaire, lol". Alors moi tous ces points m'ont déçu, le roman reste à un niveau très très basique, mais peut-être qu'il n'y a que moi que ça dérange... Vous pouvez tout à fait lire Un océan de rouille sans vous poser ces questions, si ces pinaillages ne vous touchent pas ça ne le transformera pas en chef-d’œuvre mais vous passerez un bon moment d'action décomplexée, moi ça m'a sorti du délire.

Le background qui nous est si élégamment balancé à la figure, quant à lui, manque aussi d'originalité. La série d'évènements déclencheurs qui ont amené à la rébellion des machines est assez attendue. C'est raconté avec clarté et précision, mais pour un effondrement technologique beaucoup plus original et convaincant, désolé, Horizon Zero Dawn est déjà passé par là. C'est dans quelques moments plus intimistes que C. Robert Cargill touche le lecteur, dans ces anecdotes où on apprend ce qu'a vécu tel ou tel robot au moment de ce grand changement, la relation qu'il avait avec son propriétaire, etc... Il y a quelques petits passages qui touchent au but au milieu de tout ça, et ce sont ces petites touches d'émotion qui ont maintenu mon intérêt assez longtemps pour arriver au bout, je me suis accroché à ces petites bouées jusqu'aux dernières pages.

Certes, Un océan de rouille nous est vendu comme de la série B d'action débridée, mais même dans cette catégorie-là il rame un peu. Histoire classique, protagonistes pas très attachants, manque de folie dans l'action, j'ai traversé ce roman sans réel déplaisir mais je l'aurai oublié dans quelques semaines.

Roman reçu en service presse de la part de l'éditeur Albin Michel Imaginaire, merci à eux.

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