The witcher saison 1, Héros à louer

The witcher saison 1, Héros à louer
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Depuis que Netflix a annoncé qu'ils préparaient une adaptation de la saga Le Sorceleur d'Andrzej Sapkowski, l'internet tremble. Franchement je pensais pas que la série ferait tant de bruit mais c'était sans compter sur les jeux vidéo qui ont largement participé au succès et à l'attente des fans, beaucoup ne connaissent le trop dark Geralt de Riv que par ce medium. Et voilà que l'adaptation tant attendue/crainte/espérée sort, que nous réserve-t-elle ?

La première saison de The witcher nous présente Geralt, un sorceleur, c'est-à-dire un mercenaire tabasseur de monstres qui a subi des mutations et une formation bien spécifique pour appartenir à cet ordre. Geralt va donc là où son brave cheval le mène pour vendre ses talents aux rois et paysans, chaque épisode va nous présenter une "mission" différente, que notre loup blanc va accepter volontairement ou juste tomber dedans sans trop le faire exprès. C'est un aspect épisodique qui fait presque désuet aujourd'hui mais j'ai trouvé ça plutôt agréable, et ça colle bien avec le côté "nouvelles" qu'ont les deux premiers tomes de la saga. Le show en reprend d'ailleurs le principe, en nous présentant Geralt au fil de ses aventures mais distillant au milieu quelques éléments qui reviennent, on découvre petit à petit son code moral, ses forces et faiblesses, ses compagnons aussi comme ce brave Jaskier.

Les aventures de Geralt vont alterner avec deux autres arcs narratifs. Le premier est l'histoire de Yennefer, jeune paysanne bossue vendue à un ordre de mages, qui va évoluer de manière spectaculaire et finir par croiser le chemin de Geralt. Le personnage de Yennefer est complexe et assez fascinant, mélange d'ambition et de révolte, elle se cherche et fait souvent preuve de beaucoup de force de caractère pour choisir sa voie et ne pas se laisser faire par le destin. Et Yennefer n'est pas la seule femme forte et complexe de la série, loin de là, et c'est une de ses qualités. La troisième trame est celle de Ciri, jeune princesse qui va survivre à l'attaque de son royaume par Nilfgaard, et partira seule à la recherche du protagoniste. Cette dernière est certainement le point faible de la série, parce que le parcours de Ciri est une fuite constante un peu plan-plan, et s'étale trop pour pas grand chose. Mais au bout d'un moment, ces trois trames indépendantes vont finir par se croiser.

J'ai trouvé la construction scénaristique extrêmement maitrisée et ludique. Bizarrement, une des critiques qu'on voit le plus surgir de la part des hordes d'experts que compte le web, c'est une construction confuse et difficile à suivre, surtout au niveau de la temporalité. Et c'est précisément ça que j'ai trouvé très réussi. Nous avons trois histoires indépendantes qui se passent à des époques indéterminées, elles sèment des indices les unes sur les autres, de plus en plus explicitement jusqu'à se situer complètement au moment où tout se rejoint. Chacune se renvoie la balle par des détails, des dialogues, des lieux communs, des personnages croisés, pour nous donner des marqueurs. C'est vraiment fun et original comme procédé, j'ai adoré.

Ainsi, cette première saison arrive à nous présenter le personnage principal et son univers avec minutie, tout en préparant le terrain pour des enjeux de plus grande envergure. J'ai beaucoup apprécié le ton de la série qui nous offre un monde bien grimdark mais avec comme contrepoids de la morale chevaleresque de Geralt, couplé avec un certain humour ambiant qui donne un peu de "peps" à tout ça. On évite un peu le syndrome du dark trop dark-implacable-tout-le-monde-va-crever à la mode. Mais la plus grande surprise vient de l'acteur principal qui gère vraiment bien son rôle. Henry Cavill joue les gros-bras taciturnes mais laisse échapper juste ce qu'il faut pour être attachant et lui donner de la profondeur (malgré son côté taiseux grognon). Je m'attendais à du mauvais poker-face constant mais j'ai ravalé mes moqueries. Oui, je me moque parfois, mais avec style et retenue.

The witcher va nous parler de poutrage de monstres, un peu, mais on se rend compte au fur et à mesure que Geralt va toujours remettre en question les instructions et les intentions de ses commanditaires. Effectivement les monstres de la série sont souvent les humains, et pour éviter de se faire balader, notre protagoniste essaye de prendre du recul à chaque fois pour regarder au-delà des apparences. J'aime beaucoup cet aspect du héros de Sapkowski qui amène beaucoup de subtilité. La série nous parle assez frontalement de racisme également à travers des peuples opprimés, assez classique mais appréciable. Mais plus globalement, The witcher revient souvent sur le combat du choix contre la destinée, les personnages vont faire des aller-retours entre les choix qu'ils font, les choix dont on les a privé, et ce que le destin choisit pour eux.

Le côté visuel est très intéressant, certains ont constaté une certaine "pauvreté" en terme de figurants et d'envergure, et c'est le cas, mais le minimalisme n'est pas spécialement un défaut. La plupart du temps c'est compensé par des cadrages, des lumières, une mise en image globalement très belle. La série compte pas mal de plans extrêmement beaux et, chose rare en 2020, qui prennent leur temps ! Les scènes d'action sont lisibles et percutantes, les décors sont chouettes, les ambiances travaillées.

Et pourtant, c'est pas toujours parfait. Toutes ces qualités visuelles qui m'ont fait plonger dans la série, elles s'amusaient à disparaitre de temps en temps. Je suis bluffé par un décor ou un plan, et la scène d'après je vomis des yeux devant le kitsch débordant de la forêt de brokilone et de ses habitantes amazones complètement ratées. Je suis plongé dans les aventures convaincantes de Geralt et Jaskier pour ensuite me retrouver devant une scène niveau La caverne de la rose d'or. Y'a rien de rédhibitoire mais la série compte quelques passages qui ont l'air d'être sous-traités par les stagiaires, ça jure avec le reste et ça fait un poil bizarre. Mais on arrive à passer outre parce que ces scènes sont rares, et j'ai quand même passé un très bon moment devant ma télé.

The witcher est une série convaincante qui nous immerge dans son univers et pose ses personnages avec brio, mais a parfois l'air rushé sur certaines séquences moins inspirées. Pourtant, dans l'ensemble elle conserve de très beaux moments, une construction géniale et l'envie de voir où nos héros si attachants vont aller. Et de continuer les bouquins, accessoirement.

Et, vous avez vu ? J'ai réussi à parler de la série sans jamais la comparer aux jeux vidéo ou à Game of thrones pour râler parce que c'est pas pareil, c'est cool non ?