Six of crows, Braquage à l'arrache

Six of crows, Braquage à l'arrache
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Quand on est dans une certaine blogosphère, parfois on passe à côté de ce qui se passe dans la blogosphère d'à côté (oui, c'est un multiverse). Moi, par exemple, je lis de la fantasy adulte, et y'a toute une catégorie d'auteurs et d'autrices TRÈS populaires que j'ai plus ou moins zappés parce qu'ils cartonnent chez les lecteurs de fantasy dite "Young Adult", et pas vraiment dans le cercles de blogueurs que je suis. Mais j'ai rien contre le YA, et parfois je suis curieux. Alors j'essaye. Et là j'essaye Six of crows de Leigh Bardugo.

Le bouquin est le premier tome d'un diptyque et nous raconte un "casse" organisé par Kaz "Dirty Hands" Brekker pour ramener un scientifique détenu dans une super-prison. Il va embarquer dans l'aventure une équipe évidemment complémentaire et hétéroclite. Nous avons tout d'abord Nina la Grisha (un genre de mages), Inej l'espionne-assassine-acrobate du gang, Mathias qui est un Druskelle (gros bourrin formé à chasser les Grisha), Jasper le tireur d'élite et Wylan le jeune noble qui aime bien faire péter des trucs. Le gros du bouquin est très focalisé sur la dynamique du groupe et comment ils vont monter et exécuter la mission.

L'univers est esquissé un peu trop rapidement, mais je soupçonne l'autrice de se reposer un peu trop sur la trilogie Grisha qui précède ce roman. Comme je l'ai pas lue, j'ai peut-être loupé des trucs, mais le bouquin ne me dit jamais que j'ai loupé des trucs, j'ai juste l'impression de passer très vite sur des trucs qui mériteraient quand même quelques explications. De ce que j'ai compris quand même, on a les Grisha qui sont un peuple doué de magie mais persécuté dans certains pays, et les Fjerdans les voient comme des abominations et veulent les faire cramer, en gros. Y'a eu une guerre, aussi, à un moment. Mais tout ça n'a finalement pas trop de poids sur l'intrigue assez simple du roman.

Ici, Leigh Bardugo veut prendre son temps pour installer ses personnages, leurs passés respectifs et leur dynamique de groupe, donc l’exécution du plan à proprement parler démarre assez tard dans le livre. Comme la narration passe d'un point de vue à l'autre de chacun des héros, il y a beaucoup d'exposition, de flashbacks pour poser l'histoire de chacun, de dialogues et de réflexions. C'est pas désagréable mais ce genre d'équilibre ne plaira pas à tous les lecteurs. Mais au final on arrive à un groupe convaincant, attachant et classe dans lequel chaque lecteur aura son petit préféré ou sa préférée.

Ce roman est étiquetté Young Adult certainement parce que les protagonistes sont des ados, et ça crée parfois un petit effet bizarre. On a souvent l'impression de suivre un groupe de trentenaires qui ont déjà bien vécu, et se trimballent une cargaison de traumatismes et de grosses casseroles. Et à chaque fois qu'on te dit que c'est des ados ça fait bizarre, surtout sur la version audio quand Kaz a une voix grave pour faire le dur de service. Et autre élément certainement orienté vers un certain public "jeunes adultes" : on a quand même des touches de romances bien lourdes au milieu de tout ça. Le public visé est peut-être content d'avoir ce genre de chose mais quand on te réuni 6 personnages et que tu commences à voir s'esquisser 3 "couples" dans tout ça, ça fait assez convenu. Et la relation entre Nina est Matthias à base de "je t'aime mais je te hais parce que plein de non-dits" c'est quand même pas très subtilement amené, et tout ça prend quand même pas mal de place.

Mais on finit par s'attacher à ces p'tits jeunes qui se lancent dans cette aventure, parce qu'ils ont de la personnalité et des histoires touchantes. J'ai beaucoup aimé Inej qui a beaucoup de classe, et Jasper qui commence comme sidekick blasé pour finir sur quelque chose d'assez fin. Finalement, le moins convaincant de ce casting pour moi c'est Kaz, qui est un archétype de héros torturé ténébreux super intelligent avec la voix grave, mais c'est tellement caricatural, c'est trop forcé, ça marche pas pour moi. A chaque fois qu'il fait ou dit un truc "classe", tu sens bien que c'est fait pour, mais c'est tellement poussé que ça tape souvent dans le ridicule. Le clou du spectacle c'est que ce héros est censé être le cerveau du groupe, le calculateur froid qui prévoit tout, mais son personnage s'écroule parce que son plan tellement génial est finalement très pourri.

Quand tu construit ton truc comme un Ocean's Eleven fantasy, ou n'importe quelle "Heist story", le plan des gentils doit quand même avoir un truc, quelque-chose de flamboyant, d'audacieux, une étincelle de génie. Là Kaz est présenté comme un mastermind génial mais son plan est pas très clair, relativement foireux avec des lacunes ("là je sais pas trop comment on va passer, mais les gardes sont sûrement un peu flemmards donc ils se rendront compte de rien"), et vire à la totale impro dès que tout s'écroule. Du coup ça la fout un peu mal.

Six of crows est pas un roman désagréable, et je comprends un peu les notes stratosphériques qu'il se paye sur un public plus amateur de romances et d'intrigues personnelles. Mais ces éléments m'ont paru lourds et envahissants là où l'univers, et l'intrigue en elle-même, sont finalement assez minces. Pourtant ce petit groupe de bras cassés est attachant, et je me suis surpris à vouloir savoir ce qui leur arrive dans le second tome de ce diptyque. Parce que ça finit quand même sur une vacherie de cliffhanger, hein...

Lire aussi l'avis de : L'imaginaerum de Symphonie,