L'œil du monde, La roue du temps long

L'œil du monde, La roue du temps long
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Oui, moi je fais souvent tout à l'envers. Quand les vrais connaisseurs décortiquent l'adaptation télé de La roue du temps en pinaillant sur le moindre détail qui est pas comme dans les livres ("et ça je le voyais pas comme ça", arg, pitié...), moi je commence la lecture du premier tome après avoir apprécié la première saison que nous a proposé Prime Video. Aucune frustration, personne ne râle, tout le monde est content. Enfin, presque.

La petite campagne de Deux-rivières est en effervescence, c'est la fête de Bel Tine. On sort sa plus belle chope, on joue au dés et on se laisse emporter par ce rythme qui t'entraine jusqu'au bout de la nuit, et réveille en toi le tourbillon d'un vent de folie. Mais cette année la fête va tourner un peu au vinaigre pour Rand, Mat et Perrin, avec tout d'abord l'arrivée de Moiraine la magicienne et son farouche protecteur. Mais c'est surtout l'armée de monstres qui va pourrir l'ambiance, la magicienne est formelle, les trollocs recherchent le dragon réincarné, et comme elle sait pas lequel c'est elle va embarquer les trois adolescents car leur âge correspond à la prophétie. Vite vite il faut partir, à l'aventure, compagnons, pas le temps de niaiser.

J'ai découvert ce premier roman dans sa version audio VF, narrée par sieur Arnauld Le Ridant, et c'est assez important car je pense que ça a pas mal joué dans mon appréciation de l'œuvre. Bon, déjà le bouquin fait 34h, que j'ai mis quand même 3 mois à écouter en faisant ma vaisselle du soir. Le narrateur nous gratifie d'une galerie de voix assez amusante : entre les femmes qui ont toutes des voix de mauvais doublage d'animé japonais, Perrin qui a un ton d'ado boudeur, et les différents accents qui sortent de nulle part, je dois dire que ça prêtait plus à la rigolade qu'autre chose. Mais l'interprète n'est pas forcément aidé par la plume… Disons… Gentiment vieillotte de l'œuvre, du moins dans sa traduction française. C'est de la fantasy à papy, avec des phrases grandiloquentes au vocabulaire désuet, ça serait peut-être mieux passé à l'écrit, mais l'entendre fait ressortir encore plus le côté préhistorique (pardon, "délicieusement désuet") de la prose quand on est habitué à la fantasy moderne.

Ceci dit, ce premier tome est bourré de défauts que même les amateurs de la saga ont reconnus devant moi quand je les ai torturés quelques jours. Si le côté "fantasy hyper old-school à moitié plagié sur Tolkien" est de notoriété publique, du moins sur ce premier tome, j'ai quand même apprécié le début de l'aventure. C'est rythmé, mystérieux, avec quelques clichés qui se bousculent mais auxquels on apporte juste ce qu'il faut de micro-modifications pour que ça fonctionne. Le background qui se dessine intrigue, on a des rôles féminins de premier plan, on sent que c'est vaste et qu'on ne fait qu'effleurer l'univers du fond de la campagne avec nos gentils fermiers. L'amitié entre les protagonistes transparait vraiment dans leurs interactions, entre les trois garçons et plus tard avec Nynaeve qui défend ses jeunes amis avec ardeur. Moiraine et Lan en imposent avec leur air mystérieux et les secrets qu'ils veulent pas nous dire, les salauds.

C'est quand on regarde d'un peu plus près que ça fait un peu grincer des dents, sur des dialogues un peu niais qui manquent de naturel (encore une fois, ça a pas aidé la prestation audio), sur des relations entre Rand et Egwene qui exaspèrent un peu ("quoi ? Tu as regardé une autre fille ?!!"). Non mais vraiment, merci à la production de la série télé qui est arrivé à donner un peu de modernité à tout ça. La série télé est 100 fois mieux que le bouquin, oui, voilà, merci. Jetez-moi des cailloux mous. Je l'ai dit.

Le plus énorme défaut du bouquin que la série a pu corriger c'est finalement son rythme absolument horrible. Je l'ai dit, j'ai apprécié le début de l'aventure malgré son côté old-school, mais passé le quart du bouquin on entre dans une interminable succession de mini péripéties pour chaque petit groupe de héros qui ont été séparés. C'est horrible. Au bout du cinquième petit village traversé par Mat et Rand à chercher à manger et papoter avec le ventripotent aubergiste j'avais envie de leur faire bouffer leur chaussures trouées. On croise des tas de PNJ sans intérêt avec chacun leur petite histoire, un qui va déballer du world-building maladroitement, un qui va être gentil, un qui va être méchant, et tous te rabattent les oreilles avec le méchant ténébreux qui a des espions partout et qu'il est très méchant et ténébreux. Y'a quasiment la moitié du bouquin a jeter, on dirait des quêtes secondaires de remplissage alors qu'on est dans un bouquin.

Heureusement, ce calvaire se calme un peu quand les héros se regroupent et on se recentre sur l'intrigue principale. Mais arrivé là j'en avais marre et j'avais envie que ça se termine. Je crois que la fin de La roue du temps ça sera qu'en série pour moi, j'ai pas envie de revivre ça sur 13 tomes de plus sachant qu'il y a apparemment des livres encore plus "remplissage" que celui-ci. Oui, je sais, la suite c'est mieux, et je comprends qu'un lecteur puisse aimer se promener (errer) dans le même univers pendant des mois et des mois, mais j'ai  des tas de sagas plus courtes, plus modernes et mieux rythmées à lire, merci. Finalement c'est tout bénef', avec la série j'aurai l'histoire sans les défauts des bouquins et sans le temps perdu. Que demande le peuple ?

Auteur : Robert Jordan
Traducteur : Jean-Claude Mallé
Couverture : Didier Graffet
Lecteur audio : Arnauld Le Ridant
Editeur : Bragelonne / Audible Studios (pour l'audio)
Nombre de pages : 624 x 2 (poche), 864 (broché)
Prix : 7.99€ (numérique) / 7,90 x 2 (poche)