Retour sur Titan, Sense of wonderfully boring

Retour sur Titan, Sense of wonderfully boring
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Depuis le début, la collection Une heure lumière des éditions Le bélial est l'occasion de sortir de ma zone de confort. Je lis la collec' dans l'ordre, et chaque parution tape dans des genres de l'imaginaire très variés et me "force" un peu à voyager vers d'autres horizons, souvent avec grand plaisir ou au minimum une curiosité récompensée. Et là j'arrive à Retour sur Titan de Stephen Baxter. C'est pas gagné.

L'auteur anglais nous y raconte l'expédition clandestine d'une petite troupe de scientifiques sur Titan, un satellite de Saturne dont les ressources sont encore inexploitées. Le cerveau de cette expédition c'est Michael Poole, grand ingénieur à qui on doit les plus grandes découvertes qui ont permis le voyage longue distance par l'utilisation de "trous de ver". Mais Michael, pour développer ses idées, il a besoin de pognon, du coup il a bien envie d'aller trouver des sources de richesse là où elles sont, et Titan semble un bon candidat. Problème, il y a des lois sur la protection des espèces sentientes, donc on peut pas aller faire n’importe quoi n’importe où. Donc on va faire un peu du chantage à Jovik Emry, un gardien de la sentience, pour qu'il les infiltre sur le caillou clandestinement. C'est parti pour un voyage vers l'inconnu.

Retour sur Titan c'est de la Hard-SF, dure de dure, comme un caillou lunaire envoyé sur ton front. L'accent est mis sur les explications scientifiques, les descriptions, l'exploration d'idées et de lieux imaginés. Baxter nous fait découvrir un écosystème extra-terrestre en immersion et nous détaille un peu tout ce qu'on va y trouver, c'est scientifiquement solide, et c'est ça l'important, le voyage, l'exploration, l'émerveillement. Pour arriver à ce résultat, il met en place un petit scénario-prétexte, avec des personnages pas très intéressants mais qui jouent leur rôle-fonction : nous emmener là-bas. Jovik Emry sert tout connement d'avatar au lecteur, en bon ignorant, il va servir de réceptacle aux explications de ses compagnons pour nous les resservir directement dans le cerveau.

L'ami Apophis, 17800 fois plus expert que moi dans le domaine (j'ai compté), nous explique dans sa chronique qu'un scénario naze et des personnages creux, c'est pas grave parce qu'on n'attend pas ça de la Hard-SF. Le lecteur veut du "Sense of wonder", cet émerveillement qu'on attache souvent au vertige provoqué par la science, la découverte et la projection intellectuelle propres au genre. Retour sur Titan est vraiment ma première vraie confrontation avec la Hard-SF pure, certaines parutions précédentes de Une heure lumière tapaient bien dans le genre mais j'avais quand même apprécié d'autres aspects de livres comme Cookie Monster ou Le nexus du docteur Erdmann. Mais là y'a rien d'autre, et je dois bien en conclure ce que je pressentais déjà un peu : Je suis totalement hermétique au "sense of wonder" scientifique de ce type. Lire un personnage pas intéressant m'expliquant qu'il y des espèces CHON et des espèces qui assimilent du silicium et chient des oiseaux, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre, comme diraient les gens subtils. Ça m'émerveille pas du tout. Tout comme mes cours de physique m'émerveillaient pas du tout.

Mon "sense of wonder" à moi, il est humain, il est dans l'exploration de vies, de décisions et de sentiments de personnages auxquels je m'attache. Il est dans la complexité des choix de héros et d'héroïnes et leurs conséquences, dans l'impact qu'une idée géniale projetée dans un texte pourra avoir sur ses protagonistes, leurs trajectoires et leurs émotions. A la limite j'peux ouvrir une revue spécialisée si j'ai une crise de curiosité scientifique. Donc Retour sur Titan a été 150 pages de texte très très très ennuyeux pour moi. Mais je dis pas que c'est un mauvais livre, c'est certainement très bien. Mais je marche pas à l'émerveillement scientifique. Pauvre de moi.

Lire aussi l'avis de : Apophis (Le culte d'Apophis), Blackwolf (Blog O Livre), FeydRautha (L'épaule d'Orion), Lutin82 (Albédo), Célindanaé (Au pays des cave trolls),