Les trois cartes, Side quests
Voilà, après ma relecture audio du Pistolero, on se dirige doucement vers la Tour avec le second tome de la Tour Sombre lu par Jacques Frantz. Vérifiez vos ceinturons et chargez vos armes, on a des portes à ouvrir.
Roland a donc tenu palabre avec l'homme en noir, le temps a passé, les cartes doivent être tirées sur le chemin de la Tour. Après une petite rencontre avec des homards bourrés, le Pistolero continue son chemin un peu au pif le long de la côte et va tomber devant des portes plantées au milieu de nulle part. Sûrement un coup de Numerobis, ça. En fait non, il se trouve que ces trois portes bizarres vont l'amener à différentes époques de notre bon vieux monde contemporain pour rencontrer et ramener ses futurs compagnons, mais chacun a une histoire et des problèmes à résoudre avant de se mettre sur le chemin de la Tour. Dites "bonjour" au Prisonnier, à la Dame d'ombre, et au Pousseur.
Stephen King change ici de registre après son western post-apo du premier tome. Il propose un second roman qui est (littéralement) une Portal fantasy inversé qui tape assez régulièrement dans le registre fantastique auquel l'auteur est plus habitué. Trois fois Roland va passer une porte et se retrouver à New-York. Il va devoir comprendre la situation, récupérer son PNJ/compagnon et essayer de constituer son Ka-Tet. Nous allons commencer par rencontrer Eddie Dean, jeune drogué qui s'essaye au trafic, mais ça ne le réussit pas trop. Viendra ensuite Odetta Holmes, noire handicapée en pleine période de ségrégation et de lutte pour les droits civiques. Mais Odetta a un petit souci, et ce petit souci s'appelle Detta. Et je laisse le Pousseur en petite surprise finale.
Les trois cartes est un tome qui ne répond pas à beaucoup de questions pour le lecteur, et préparez-vous parce que la saga aime cultiver le mystère. Celui qui n'a pas déjà lu la saga se demande encore où il a mis les pieds à la fin de ce second bouquin, on ne cerne pas encore bien ce qu'est la quête de Roland, ni comment marche son univers, on est même complètement paumés. Parce que le cœur de ce roman, c'est les personnages. On rencontre le casting comme Roland rencontre ses compagnons, on établit les relations, on pose leurs backgrounds respectifs et on touille bien fort dans la soupe. Encore une fois l'auteur construit sa saga en dépit du bon sens, on ne comprend pas tout à fait où il veut en venir, mais Stephen King étant Stephen King, il arrive à nous tenir page après page, à nous accrocher à ses protagonistes, à gérer la tension et les zones de flous pour que ça percute.
On sent déjà l'osmose magnifique de ce groupe de héros, tout en explorant des univers différents pour chacun. Le traitement de l'addiction à la drogue, des combats pour les droits civiques des noirs aux États-Unis, est parfois glauque et rude, mais juste et fort. Chaque brique va venir apporter de la profondeur à chacun de ces compagnons (Je réalise à la relecture ce jeu de mot pourri et involontaire sur la brique, mais on va le laisser là, c'est du grand art). On ne sait toujours pas où on va, mais Les trois cartes illustre parfaitement cette ronflante maxime sur "le voyage et pas la destination". King construit sa saga n'importe comment, un peu comme ça vient, aucun autre auteur ne parviendrait à faire ça autant à l'arrache et à en sortir quelque chose de cohérent et de passionnant. Mais lui il y arrive. J'aimerais tellement découvrir cette saga aujourd'hui pour voir ce qu'en penserait un ours blogueur un poil expérimenté qui n'en connaitrait pas la suite. Peut-être que j'écrirais "c'est vraiment n'importe quoi, y'a aucune trame, juste des personnages qui se croisent, King écrit au radar', mais je sais. Je connais déjà le chemin de la Tour.
Jacques Frantz gère encore sa narration avec brio, avec ce timbre particulier et ce rythme trainant mais doit varier son répertoire en jouant avec plus de personnages que sur Le pistolero. Ça reste du fort joli travail pour moi qui ai encore du mal avec les lecteurs français de livres audio. Même l'accent "noir" de Detta passe bien, mais justement parce que le bouquin nous explique qu'elle parle de toutes façons avec un accent noir caricatural limite insultant et pas du tout crédible (ça va avec le personnage, mais j'en dis pas trop...).
C'est encore un grand plaisir de reprendre la route de la Tour une nouvelle fois à travers cette relecture audio de la saga, je la redécouvre (aussi parce que j'ai une mémoire de merde qui n'a gardé que les grandes lignes) et j'apprécie toujours autant avec mon yeux de blogueur/lecteur plus expérimenté. Même si c'est toujours construit un peu n'importe comment, même si le worldbuilding reste flou, on a des personnages et des mystères, et seul Stephen King pouvait s'en tirer avec les honneurs en étant aussi bordélique.
Lire aussi l'avis de : Vert (Nevertwhere), Lune (Un papillon dans la lune), Lianne (De livres en livres),