La piste des cendres, Lonesome licorne-boy

La piste des cendres, Lonesome licorne-boy
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Après le sanglant L'empire du léopard, Emmanuel Chastellière revient à son univers du Nouveau-Coronado avec La piste des cendres et une couverture de Xavier Collette qui parle bien plus à mon œil que la précédente. Il n'en fallait pas plus pour que j'achète la version papier, et cette décision aura son importance.

On se retrouve plus de 25 ans après les évènements de l'empire du Léopard, et la colonisation de la Lune d'or se poursuit dans la joie et la bonne humeur. Fils illégitime d'un riche propriétaire et d'une indigène, Azel n'est vraiment accepté ni dans un monde ni dans l'autre, donc il passe la plupart du temps dans les montagnes en jouant les chasseurs de primes en solo. Il décide pourtant d'aider un convoi de réfugiés indigènes à passer les montagnes pour se bâtir une nouvelle vie, mais cette expédition va le plonger au milieu d'un conflit qui déchire le Nouveau-Coronado, entre les colonies du nord indépendantistes, le sud fidèle à la reine et les rebelles indigènes qui aimeraient bien que tous ces cons les laissent tranquilles. Dans tout ça on suivra également le vieillissant Artémis Cortellan, plus ou moins exilé sur une petite île, qui reviendra dans le "game" pour mater du rebelle.

L'auteur saute ainsi dans le temps pour nous amener vers une période de son univers qui va s'inspirer le la colonisation américaine, ambiance mélangeant western, guerre d'indépendance, Danse avec les loups, tout ça tout ça… Le roman prend son temps pour poser ses ambiances et en change d'ailleurs plusieurs fois, l'accroche western des grandes plaines est très présente au début mais laisse la place à quelque chose de plus "moderne" dans sa seconde partie, exploitant finalement assez peu les promesses qu'on pouvait afficher en couverture. On va plonger dans ce conflit entre le Nord et le Sud qui va bousculer un peu tout le monde, du côté de ceux qui tirent les ficelles avec Cortellan, et du côté de ceux qui "subissent" avec Azel. On est aussi dans une fantasy "à poudre", on creuse le sol pour trouver du pétrole, on creuse les mines pour trouver de l'or, vive la diversification des inspirations historiques, hourra youpi.

Il faut savoir que ma lecture a été interrompu à mi-chemin parce que j'avais un exemplaire papier défectueux, et j'ai arrêté quelques semaines le temps de recevoir un bouquin corrigé que Critic n'a pas hésité à me renvoyer (merci à eux). Je dis ça parce que ça participe peut-être à mon ressenti général mitigé, mais je ne pense pas que ce soit le facteur principal. Effectivement j'ai eu beaucoup de mal à m'immerger dans ce roman, et ma mésaventure n'a pas du aider, pourtant certains de mes reproches sont inhérents au texte, je pense. Objectivement le livre d'Emmanuel Chastellière est maitrisé et sa plume ne pose aucun problème, les ambiances sont réussies, l'histoire se déroule sans problème et quelques surprises bien senties parcourent le chemin du lecteur (notamment un petit twist qui remet la narration en perspective dans la dernière partie, finement joué). Les lecteurs ont généralement beaucoup apprécié le roman, vu les retours de la blogosphère.

J'ai personnellement eu beaucoup de mal à m'immerger dedans. Coupure inopinée mise à part, ce sont les personnages qui ne m'ont jamais vraiment convaincu, et je suis un lecteur très "character-driven" donc si j'accroche pas aux protagonistes, je sais de suite que ça va être compliqué. Azel est bien mis en place, mais je l'ai trouvé extrêmement froid parce qu'il se fout de tout. C'était un peu dur de m'attacher à un héros qui se fout d'à peu près tout le monde à part son obsession maladive pour sexy-belle-maman, sa seule force motrice de tout le bouquin. Un peu cliché d'ailleurs. Mais c'est aussi un schéma que je retrouve chez les autres personnages du roman, je ressens jamais rien parce que les personnages n'ont l'air de ressentir finalement pas grand chose non plus les uns pour les autres, il n'y a pas d'amitié, d'affection, de camaraderie, ou n'importe quelle dynamique de groupe forte. Tous les personnages sont "seuls", toutes les relations du roman n'apparaissent finalement que comme des procédés mécaniques mais jamais plus que ça.

On a une vague histoire de vengeance qui va pousser Azel pendant une bonne partie du bouquin, mais comme ce héros m'étais complètement passé à côté, j'ai aussi trouvé son désir de vengeance un peu artificiel. Même si objectivement tout est logique, je n'étais pas avec lui, je le trouvais même un peu con. Oh et lâche la grappe à ta belle-mère un peu, y'a des gens qui crèvent autour de toi ! Bref… Finalement je pense que ce bouquin marchera extrêmement bien pour vous si vous êtes un lecteur d'intrigue, qui aime le "plot-driven" comme disent les angloricains, parce que tout est mécaniquement bien huilé, ça se déroule, ça fonctionne. Mais si vous êtres plus focalisé sur les personnages, là ça va dépendre de votre adhésion à Azel, et pour moi c'était un gros raté. Et ça mis à part, il faudra aussi aimer les rythmes lents, parce que l'auteur prend bien son temps, et quand on prend son temps avec un protagoniste qui passe pas, diantre c'est laborieux.

Déception donc avec cette Piste des cendres, le roman a une intrigue solide, des ambiances western convaincantes et de beaux moments, mais je suis complètement passé à côté de ses personnages. Très dur pour moi d'adhérer à un roman sans ce lien, et c'est là tout le cœur du problème, même si c'est un problème hautement subjectif.

Lire aussi l'avis de : Apophis (Bifrost), Lutin82 (Albédo), Célinedanaé (Au pays des cave trolls), Lhotseshar (Au pays des cave trolls), Les chroniques du chroniqueur, OmbreBones, Aelinel (La bibliothèque d'Aelinel), Boudicca (Le bibliocosme), Elhyandra (Le monde d'Elhyandra),