La cité de laiton, Djinn pas tonique

La cité de laiton, Djinn pas tonique
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Ah tiens, si on commençait ENCORE une nouvelle série de fantasy ? J'en ai que 589 en cours, ça pourra pas faire de mal ! Bon, non, on a jamais dit que les lecteurs étaient des gens raisonnables, ne nous formalisons pas pour si peu. Entrons dans La cité de laiton de S.A. Chakraborty, premier tome de la trilogie Daevabad qui vient d'arriver en VF chez De Saxus.

Nahri est une arnaqueuse qui sévit dans les rues du Caire, elle a un curieux talent pour guérir mais aussi pour embobiner, donc elle jongle entre les deux pour gagner sa croute. Ça se complique le jour où, pendant un exorcisme bidonné, elle invoque par erreur Dara, un vrai Djinn, et c'est le début des emmerdes. Ensemble ils vont devoir fuir vers Daevabad, la fameuse cité de Laiton. Parallèlement nous suivrons Alizayd, prince de Daevabad destiné à épauler son frère ainé lorsque celui-ci montera sur le trône. Pourtant il hésite entre la loyauté envers sa famille et sa volonté d'aider les peuples opprimés de sa cité, entre fidélité ou trahison, l'arrivée d'une certaine jeune femme pourrait bousculer l'équilibre des forces.

On est ici sur un roman de fantasy d'inspiration moyen-orientale, avec toute la mythologie concernant les djinns, ifrits, marids, et compagnie... Tout ça est évidemment bienvenu, original et dépaysant quand on est lecteur de fantasy européen. L'autrice arrive à construire sur cette base un contexte à la fois politique et mythologique très complexe qu'elle va nous dévoiler en prenant son temps. Les djinns ont un lourd passé, avec différents clans qui se sont rebellés les uns contre les autres, ont engendré des hybrides djinns-humains aujourd'hui méprisés (les shafits), c'est toute une société et son histoire que le lecteur va découvrir. C'est politique, dense et amené très progressivement. Pour cette raison, le bouquin a un rythme posé et ressemble à une mise en place de 600 pages qui décolle jamais vraiment malgré quelques sursauts, et une fin où il se passe enfin des trucs mais c'est déjà fini. J'ai trouvé aussi que certaines choses n'étaient pas très claires et je me perdais souvent entre les différentes tribus de Daevas, dont une tribu de Daevas qui s'appellent les Daevas (mais du coup les Daevas s'appellent aussi des Djinns) et les différentes familles de Daevas de la tribu des Daevas que sont les Afshin ou les Nahid... ENFIN BREF C'EST COMPLIQUAY !!!

Une fois qu'on a démêlé ce sac de nœuds, on apprécie cet univers à la fois complexe et solide que découvre notre héroïne un peu malgré elle. Les jeux de pouvoirs et les influences forgées par l'histoire, les injustices que ça amène dans la cité, les tribus de djinns qui témoignent d'un passé commun douloureux, ça apporte une assise et du mystère à la progression des protagonistes. Nahri est à la fois débrouillarde et attachante et je me suis attaché à elle, tandis qu'Ali emporte l'adhésion dans son tiraillement idéologique associé à sa force brute de grand guerrier... Qui ne l'aide pas beaucoup dans sa situation. Pourtant je suis resté sur une impression de passivité de leur part, les deux héros subissent clairement l'histoire et ne prennent jamais vraiment l'initiative. C'est un point qui me pose problème régulièrement en fantasy, ça ne dérangera pas tout le monde, mais j'attendais qu'ils prennent un peu plus les choses en main.

J'ai eu plus de soucis avec Dara qui, au-delà du lourd passé mystérieux, reste quand même une sacrée tête de con. Tout le monde le désigne comme un tueur sanguinaire mais on n'en apprend un peu plus que très tard dans l'histoire, le reste du temps il est un mur grognon... Et du coup j'ai pas bien compris pourquoi ce lien entre lui et Nahri se construit... Leur relation est bizarre parce qu'elle n'a pas eu de fondation suffisante pour justifier cette évolution, et ça ressemble plus à un syndrome de Stockholm qu'à une vraie relation saine entre deux personnages. Une héroïne réussie qui tisse des liens pas très convaincants avec d'autres personnages, ça donne au final un bilan mitigé.

Malgré ses défauts le roman arrive à faire passer quelques thématiques intéressantes sur les conflits entre tribus et familles, qui trainent sur des siècles. Les différents Daevas trimballent des haines qui viennent d'évènements historiques que la mémoire commune a évidemment transformé, voire oublié, avec la vision forcément faussée par les perspectives de chacun. C'est compliqué à reconstituer mais le fond est là, et finit par convaincre. L'univers garde au final beaucoup de mystères, un exploit vu l'étalage de world-building de plus de 600 pages qu'est le bouquin, mais je suis pas sûr d'avoir une motivation suffisante pour replonger dans ce bain-là une seconde fois sans que les défauts que j'y ai trouvés soient un peu rectifiés.

Lire aussi l'avis de : Lianne (De livres en livres),